La vérité, dit-on, consiste dans l’accord de la connaissance avec l’objet. Selon cette simple définition de mot, ma connaissance doit donc s’accorder avec l’objet pour avoir valeur de vérité. Or, le seul moyen que j’ai de comparer l’objet avec ma connaissance, c’est que je le connaisse. Ainsi ma connaissance doit se confirmer elle-même ; mais c’est bien loin de suffire à la vérité. Car puisque l’objet est hors de moi et que la connaissance est en moi, tout ce que je puis apprécier, c’est si ma connaissance de l’objet s’accorde avec ma connaissance de l’objet. Les anciens appelaient diallèle un tel cercle dans la définition. Et effectivement, c’est cette faute que les sceptiques n’ont cessé de reprocher aux logiciens ; ils remarquaient qu’il en est de cette définition de la vérité comme d’un homme qui ferait une déposition au tribunal et invoquerait comme témoin quelqu’un que personne ne connaît, mais qui voudrait être cru en affirmant que celui qu’il invoque comme témoin est un honnête homme. Reproche absolument fondé, mais la solution du problème en question est totalement impossible pour tout le monde.
Emmanuel Kant
En lisant le texte attentivement, vous remarquerez les concepts clés : la vérité, la connaissance, l’objet
De quoi est-il question dans le texte ?
De la vérité comme accord entre le jugement et l’objet
Quelle est la thèse de l’auteur ?
Kant affirme que la définition selon laquelle la vérité consiste en l’accord de la connaissance avec son objet constitue un cercle vicieux
Plan du texte (structure de l’argumentation)
Première partie :
Énoncé de la définition classique de la vérité. « La vérité, dit-on [...] avoir valeur de vérité »
Deuxième partie :
Critique du cercle vicieux contenu dans cette définition classique de la vérité. « Or, le seul moyen [...] un honnête homme. »
Troisième parie :
Constat de Kant : le problème de la vérité posé en ces termes d’adéquation du jugement à l’objet est insoluble. » Reproche…fin
Explication détaillée
Première partie : Explication de la définition classique de la vérité comme adéquation à la réalité
Il ne faut pas confondre la vérité avec la réalité. La réalité c’est ce qui est, indépendamment de ce que nous percevons ou de notre jugement. La vérité c’est toujours ce que l’on dit, ce que l’on pense, ce que l’on juge. La vérité a pour lieu le langage et non l’être, elle se définit en fonction de critères logiques (le logos = le discours) qui permettent de la distinguer du faux.
Qu’est-ce que la vérité.
Dans le texte le critère de vérité est l’adéquation c’est-à-dire la correspondance , l’accord de connaissance à son objet. Cette définition est examinée par Kant car elle porte à confusion en ce qui concerne la vérité et la réalité. Si par exemple je dis « il pleut », cet énoncé est vrai seulement s’il pleut, s’il est conforme à la réalité.
La connaissance devient alors ma connaissance comme accord avec l’objet pour avoir valeur de vérité. Cette thèse est communément admise « dit-on », elle semble aller de soi, elle est sans doute une opinion.
Deuxième partie : Explication de la critique de Kant
La définition de la vérité comme correspondance avec la réalité est un cercle vicieux.
D’une part pour savoir ce qu’est réellement l’objet, il faut d’abord que je le connaisse.
D’autre part, pour savoir si je connais vraiment l’objet, il faut que je sache ce qu’il est réellement
Je ne peux donc confronter ma connaissance de l’objet qu’à ma connaissance de l’objet. Cela veut dire que l’objet lui-même est inconnaissable.
Le problème réside dans le fait que l’objet est hors de moi et que la connaissance est en moi. le critère de vérité ne concerne que la cohérence de la pensée avec elle-même mais ne fonde aucune connaissance objective. Le critère de vérité de cette définition classique est donc purement formel.
L’objet en lui même est inconnaissable, nous ne pouvons le connaitre que tel qu’il nous apparait (le phénomène) et non tel qu’il est en lui même (la chose en soi).
Pour expliquer sa thèse, Kant fait une analogie que l’on trouve dans le tableau ci-dessous :
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La raison
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Le tribunal
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La connaissance
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Le prévenu
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La chose en soi, véridique mais inaccessible
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Le témoin, honnête mais inconnu
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Comment échapper au cercle vicieux ?
Comment échapper au scepticisme qui consiste à rester dans le doute en ce qui concerne la vérité, ou plus exactement à suspendre son jugement. N’est ce pas ce que Kant constate à la fin quand il affirme que la vérité reste inconnue pour tout le monde ?
Troisième partie : La connaissance est-elle impossible ?
Kant a montré que le problème de la connaissance est mal posé et conduit au scepticisme. Mais la connaissance vraie existe, c’est la science. Ce qui reste inconnaissable, c’est la connaissance de l’objet en soi, mais ce que l’on peut connaitre c’est l’objet pour nous, tel qu’il apparait. C’est donc le sujet et non l’objet qui pose les conditions de possibilités de la connaissance objective.
Ainsi la connaissance est elle dépendante de notre esprit, du sujet connaissant, c’est-à-dire de notre entendement et de notre sensibilité. C’est ce que l’on appelle la « révolution copernicienne « chez Kant car l’objet n’est plus au centre de la connaissance, elle est commandée par le sujet.
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