Misère

Injustice.

 

Il est dangereux de dire au peuple que les lois ne sont pas justes, car il n’y obéit qu’à cause qu’il les croit justes. C’est pourquoi il lui faut dire en même temps qu’il y faut obéir parce qu’elles sont lois comme il faut obéir aux supérieurs non pas parce qu’ils sont justes, mais parce qu’ils sont supérieurs. Par là voilà toute sédition prévenue si on peut faire entendre cela et que proprement [c’est] la définition de la justice.

Pascal, Pensées, fragment 62

 

« Aux grandeurs d’établissement, nous leur devons des respects d’établissement, c’est-à-dire certaines cérémonies extérieures qui doivent être néanmoins accompagnées, selon la raison, d’une reconnaissance intérieure de la justice de cet ordre, mais qui ne nous font pas concevoir quelque qualité réelle en ceux que nous honorons de cette sorte. Il faut parler aux rois à genoux ; il faut se tenir debout dans la chambre des princes. C’est une sottise et une bassesse d’esprit que de leur refuser ces devoirs.

Mais pour les respects naturels qui consistent dans l’estime, nous ne les devons qu’aux grandeurs naturelles ; et nous devons au contraire le mépris et l’aversion aux qualités contraires à ces grandeurs naturelles. Il n’est pas nécessaire, parce que vous êtes duc, que je vous estime ; mais il est nécessaire que je vous salue. Si vous êtes duc et honnête homme, je rendrai ce que je dois à l’une et à l’autre de ces qualités. Je ne vous refuserai point les cérémonies que mérite votre qualité de duc, ni l’estime que mérite celle d’honnête homme. Mais si vous étiez duc sans être honnête homme, je vous ferais encore justice ; car en vous rendant les devoirs extérieurs que l’ordre des hommes a attachés à votre naissance, je ne manquerais pas d’avoir pour vous le mépris intérieur que mériterait la bassesse de votre esprit. »

Pascal, Discours sur la condition des grands

Quand les sujets de bac ont un parfum d’actualité…

Expliquez le texte suivant :

 

« La satisfaction qu’ont toujours ceux qui suivent constamment la vertu est une habitude en leur âme qui se nomme tranquillité et repos de conscience. Mais celle qu’on acquiert de nouveau lorsqu’on a fraîchement fait quelque action qu’on pense bonne est une passion, à savoir, une espèce de joie, laquelle je crois être la plus douce de toutes, parce que sa cause ne dépend que de nous-mêmes. Toutefois, lorsque cette cause n’est pas juste, c’est-à-dire lorsque les actions dont on tire beaucoup de satisfaction ne sont pas de grande importance, ou même qu’elles sont vicieuses, elle est ridicule et ne sert qu’à produire un orgueil et une arrogance impertinente. Ce qu’on peut particulièrement remarquer en ceux qui, croyant être dévots, sont seulement bigots et superstitieux ; c’est-à-dire qui, sous ombre qu’ils vont souvent à l’église, qu’ils récitent force prières, qu’ils portent les cheveux courts, qu’ils jeûnent, qu’ils donnent l’aumône, pensent être entièrement parfaits, et s’imaginent qu’ils sont si grands amis de Dieu qu’ils ne sauraient rien faire qui lui déplaise, et que tout ce que leur dicte leur passion est un bon zèle, bien qu’elle leur dicte quelquefois les plus grands crimes qui puissent être commis par des hommes, comme de trahir des villes, de tuer des princes, d’exterminer des peuples entiers, pour cela seul qu’ils ne suivent pas leurs opinions. »

Descartes, Les Passions de l’âme. Art. 190. De la satisfaction de soi-même.

Meilleurs Vœux !

Quoi de mieux pour commencer l’année qu’une pensée philosophique ? A méditer comme sujet du bac !

« Pour la nouvelle année. – Je vis encore, je pense encore : je dois vivre encore, car je dois encore penser. Sum, ergo cogito : cogito, ergo sum. Aujourd’hui, chacun s’autorise à exprimer son vœu et sa pensée la plus chère : eh bien, je veux dire, moi aussi, ce que je me suis aujourd’hui souhaité à moi-même et quelle pensée m’est venue à l’esprit la première cette année, – quelle pensée doit être pour moi le fondement, la garantie et la douceur de toute vie à venir ! Je veux apprendre toujours plus à voir dans la nécessité des choses le beau : je serai l’un de ceux qui embellissent les choses. Amor fati : que ce soit dorénavant mon amour ! Je ne veux pas faire la guerre au laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux même pas accuser les accusateurs. Que regarder ailleurs soit mon unique négation ! Et somme toute, en grand : je veux même, en toutes circonstances, n’être plus qu’un homme qui dit oui ! »

Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre IV, « Sanctus Januarius », § 276

Histoire de la philosophie

Toute l’histoire de la philosophie en une frise interactive, voilà ce que Stéphane Vendé propose. Elle est disponible en ligne et fonctionne également sur tablettes et mobiles. Véritable outil de découverte et de révision, cette frise permet de découvrir d’un clic toute l’histoire de la philosophie. Pour chacun des 63 philosophes cités, on accède à une courte présentation vidéo de sa pensée et à des liens d’approfondissement.

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La philo, est-ce intéressant ?

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Personne ne voudra contester qu’il existe aujourd’hui un intérêt pour la philosophie. Mais reste-t-il encore quelque chose aujourd’hui à quoi l’homme ne s’intéresse pas -au sens où il comprend ce mot ? Inter-esse* veut dire : être parmi et entre les choses, se tenir au cœur d’une chose et demeurer auprès d’elle. Mais pour l’inter-esse moderne ne compte que ce qui est « intéressant ». La caractéristique de ce qui est « intéressant », c’est que cela peut dès l’instant suivant nous être déjà devenu indifférent et être remplacé par autre chose, qui nous concerne alors tout aussi peu que la précédente. Il est fréquent de nos jours que l’on croie particulièrement honorer quelque chose du fait qu’on le trouve intéressant. En vérité, un tel jugement fait de ce qui est intéressant quelque chose d’indifférent, et bientôt d’ennuyeux. Heidegger.

 

* En latin inter : entre, esse : être.

Opinion et vérité

friedrich-proche« Chacun a pu remarquer, au sujet des opinions communes, que chacun les subit et que personne ne les forme. Un citoyen, même avisé et énergique quand il n’a à conduire que son propre destin, en vient naturellement et par une espèce de sagesse à rechercher quelle est l’opinion dominante au sujet des affaires publiques. « Car, se dit il, comme je n’ai ni prétention ni le pouvoir de gouverner à moi tout seul, il faut que je m’attende à être conduit; à faire ce qu’on fera, à penser ce qu’on pensera. » Remarquez que tous raisonnent de même, et de bonne foi. Chacun a bien peut être une opinion; mais c’est à peine s’il se la formule à lui-même; il rougit à la seule pensée qu’il pourrait être le seul de son avis. Le voilà donc qui honnêtement écoute les orateurs, lit les journaux, enfin se met à la recherche de cet être fantastique que l’on appelle l’opinion publique. « La question n’est pas de savoir si je vais ou non faire la guerre. » Il interroge donc le pays. Et tous les citoyens interrogent le pays, au lieu de s’interroger eux mêmes. Les gouvernants font de même, et tout aussi naïvement. Car, sentant qu’ils ne peuvent rien tout seuls, ils veulent savoir où ce grand corps va les mener. Et il est vrai que ce grand corps regarde à son tour vers le gouvernement, afin de savoir ce qu’il faut penser et vouloir. Par ce jeu, il n’est point de folle conception qui ne puisse quelque jour s’imposer à tous, sans que personne pourtant l’ait jamais formée de lui même et par la libre réflexion. Bref, les pensées mènent tout et personne ne pense. D’où il résulte qu’un Etat formé d’hommes raisonnables peut penser et agir comme un fou. Et ce mal vient originairement de ce que personne n’ose former son opinion par lui-même ni la maintenir énergiquement, en lui d’abord, et devant les autres aussi. »

Alain, Propos sur l’éducation.

On

Gatsby 3En usant des transports en commun ou des services d’information (des journaux par exemple), chacun est semblable à tout autre. Cet être-en-commun dissout complètement l’être-là qui est mien dans le mode d’être d’ « autrui », en telle sorte que les autres n’en disparaissent que davantage en ce qu’ils ont de distinct et d’expressément particulier. Cette situation d’indifférence et d’indistinction permet au « on » de développer sa dictature caractéristique. Nous nous amusons, nous nous distrayons, comme on s’amuse ; nous lisons, nous voyons, nous jugeons de la littérature et de l’art, comme on voit et comme on juge ; et même nous nous écartons des « grandes foules » comme on s’en écarte ; nous trouvons « scandaleux » ce que l’on trouve scandaleux. Le « on » qui n’est personne de déterminé et qui est tout le monde, bien qu’il ne soit pas la somme de tous, prescrit à la réalité quotidienne son mode d’être.
[…] Le « on » se mêle de tout, mais en réussissant toujours à se dérober si l’être-là est acculé à quelque décision. Cependant, comme il suggère en toute occasion le jugement à énoncer et la décision à prendre, il retire à l’être-là toute responsabilité concrète. Le « on » ne court aucun risque à permettre qu’en toute circonstance on ait recours à lui. Il peut aisément porter n’importe quelle responsabilité, puisque à travers lui personne jamais ne peut être interpellé. On peut toujours dire : on l’a voulu, mais on dira aussi bien que « personne » n’a rien voulu.

HEIDEGGER
L’Etre et le Temps, tr. fr. Boehms & Waelhens, I:1, §. 27,
éd. Gallimard, pp. 159-160

Un jour, des femmes philosophes

« les femmes sensées et bien éduquées (…) [qui] sont bien meilleures juges que les hommes du même niveau intellectuel en matière de texte, dès lors que l’écriture en est fine ».

Hume, Discours politiques.

On connait la méfiance des philosophes envers les femmes :

  • Distinctions entre hommes et femmes
  • Textes sur les femmes
  • Pensées écrites par les femmes
  • Et aujourd’hui la théorisation du féminin et du masculin

Il n’y a qu’une seule femme parmi les auteur-e-s du programme de philosophie et beaucoup de textes philosophiques établissent une hiérarchie, justifiée de diverses façons, entre les deux sexes.

Il s’agit ici non pas d’encenser le féminisme supposé de Hume mais de montrer que là encore, la différence entre les sexes est pensée en termes de hiérarchisation même si cette fois elle est au bénéfice des femmes…

Libres expressions en classe

« On s’habitue à tout
Sauf à ces oiseaux de plomb
Sauf à leur haine de ce qui brille
Sauf à leur céder la place. »

Paul Eluard, « Novembre 1936 »

Manon : Ils ont gagné

Inès : Non car si tu pars de là, on n’ira pas loin

Manon : Oui mais ils nous prennent par derrière

Elise : Je suis d’accord avec Inès, j’ai jamais vu une France aussi unie, solidaire, ça montre qu’on reste pas à rien faire, faut pas dire qu’on a perdu.

Marie-Lou : J’étais dans le train, et dans le Sud, votre solidarité c’est changer votre photo de profil, alors que là-bas ils donnent leur sang.

Clémentine : Sur le coup t’es solidaire, mais dans un mois c’est fini.
Nadia : Les gens sont solidaires seulement dans la terreur.

Clémentine Bi : Ce sont des personnes qui n’étaient pas ciblées, au mauvais endroit au mauvais moment, donc je pense que si, ça nous touche un minimum, c’est pour ça que les gens ont besoin de solidarité, mais je suis d’accord avec Clémentine, on est solidaire sur le moment, mais au final il reste rien, c’est triste.
Inès : Ils se battent plus car ce sont des civils, ça aurait pu être nous, c’est leur liberté qui est touchée.
Clémentine Bi : C’est les principes fondamentaux qui sont touchés aussi, pas seulement la France.
Marie-Lou : On s’est vite remis de Charlie Hebdo contrairement aux USA et leurs événements,

Clémentine : ça a plus touché car c’était les premiers événements

Juliette : Les USA, la Russie, l’Inde, sont réunis et au courant, qui s’unissent pour la France alors qu’en Syrie ça fait 4 ans et ça change pas, y a des milliers d’innocents morts pour rien alors qu’on fait rien

Clémentine : Mais la France elle va faire quoi ?

Clémentine Bi : Nous on est choqué car on a un régime politique stable alors qu’eux non. Ils vont peut-être comprendre qu’il y a la guerre partout dans le monde.
M-L : Après quand c’est notre pays on est plus touché

Elise : J’étais en Syrie avant les événements, et je suis choquée parce que visiblement c’était stable, mais j’ai jamais eu de soucis, du coup c’est étonnant de voir les changements en un an d’intervalle.

Sara : Tout le monde pense la même chose sauf quelques exceptions, on est tous d’accord sur le fait que c’est horrible, y a pas de mots pour décrire

Maya : J’étais super touchée mais j’ai besoin de temps pour poser des mots dessus

Emma : Ce qui m’énerve le plus c’est de voir des enfants en sang sur Facebook, et d’exploiter la misère des autres et d’entendre dire que chez nous c’est peu alors qu’ailleurs c’est plus important, je préfère qu’on règle d’abord nos problèmes chez nous.
Inès : Je suis d’accord, on peut pas aider tous les pays.
Clémentine Bi : Il faut pas chercher qui est responsable, il faut juste régler les problèmes, et s’occuper de la suite.

Valentin : Pour riposter la France a bombardé les positions de Daesh, je trouve ça bien, mais le terrorisme ça peut être tout le monde, il y avait un français parmi les terroristes, bombarder certes c’est bien mais il y aura toujours du terrorisme.
M-L : Il faut aussi penser que le terrorisme c’est dans toutes les religions.
Clémentine : Oui mais c’est pas la même époque

Maïssara : Ils ont aussi fait ça pour se venger car on est intervenu en Syrie

Sara : Maïssara a raison, quand Daesh ont revendiqué les attentats, ils ont dit qu’ils arrêteraient quand la France arrêterait d’intervenir en Syrie

Bérénice : D’accord c’est une vengeance, mais il y aura des répercussions et je pense pas qu’on doit rester sans rien faire, ça serait pire.

Charlotte C : C’est aberrant qu’ils s’amusent à balancer des bombes avec tous les blessés et les moyens de régler les problèmes qu’il y a.

Clémentine Bi : Tu peux pas discuter avec des gens comme ça.

Soukayna : Mais ils ont pas peur de la mort eux.

Clémentine Bi : Les médias contribuent à « l’adoration» des kamikazes morts en martyrs.

Sarah : Si on sort plus, ils auront gagné, on peut pas s’empêcher de vivre.

Johanna : Je pense qu’ils vont seulement attaquer les grandes villes

Lilian : Pourquoi pas les petites villes pour montrer qu’ils sont partout ?

Manon : Ils ferment tout, mais le seul truc ouvert c’est les écoles donc bon..

Sara : J’suis d’accord avec Manon, mais les universités etc où il y a beaucoup de monde, bah ils peuvent aussi attaquer.

Exposés d’une réflexion en groupe  :

  • Attaques a Paris, infos qui circulent sur le net :
    Différentes informations erronées :
    comme le nombre de policiers blessés pendant l’assaut. Il n’y aurait non pas 3 policiers morts mais un policier blessé.
    Pas de fusillade aux Halles, République, un tweet aurait donné des lieux ou il n’y aurait pas eu d’attaques
    Photo de rassemblement en Allemagne mais la photo montre une manifestation contre l’immigration.
    Message dans un forum de jeux vidéo du 5 novembre 2015, considérés comme « prophétique » qui datait d’un événement antérieur aux attaques qui a été réutilisé pour les attentats.
    Conseils pour faire le tri : les infos doivent être prisent avec du recul, il vaut mieux se référer aux médias connus car l’information peut être très vite propagée de façon erronée. Source : Le Monde
  • Informations sur les réseaux sociaux :
    A partir de 21h30, un grand nombre d’informations ont été publiés sur les réseaux sociaux (#Portes ouvertes, #PrayforParis).
    Disneyland a été fermé et la Tour Eiffel n’a pas été allumée cette nuit du vendredi 13.
    De nombreux discours ont été prononcés, des images ont été publiées sur Instagram, Snapchat.
    Le New York Times a publié un article parlant de la situation en France.
    Prendre du recul par rapport aux réseaux sociaux pour se changer les idées et ne plus penser aux événements.

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A suivre…