Le faux en art

On imite la main d’un autre, mais on n’imite pas de même, pour parler ainsi, son esprit, et l’on n’apprend point à penser comme un autre, ainsi qu’on peut apprendre à prononcer comme lui. Le peintre médiocre qui voudrait contrefaire une grande composition du Dominiquin ou de Rubens, ne saurait imposer, non plus que celui qui voudrait faire un pastiche sous le nom du Georgione ou du Titien. Il faudrait avoir un génie presque égal à celui du peintre qu’on veut contrefaire, pour réussir à faire prendre notre ouvrage pour être de ce peintre. On ne saurait donc contrefaire le génie des grands hommes, mais on réussit quelquefois à contrefaire leur main, c’est-à-dire, leur manière de coucher la couleur et de tirer les traits, les airs de tête qu’ils répétaient et ce qui pouvait être de vicieux dans leur pratique. Il est plus facile d’imiter les défauts des hommes que leurs perfections. Par exemple, on reproche au Guide d’avoir fait ses têtes trop plates. Ses têtes manquent souvent de rondeur, parce que leurs parties ne se détachent point et ne s’élèvent pas assez l’une sur l’autre. Il suffit donc, pour lui ressembler en cela, de se négliger et de ne point se donner la peine de pratiquer ce que l’art enseigne à faire pour donner de la rondeur à ses têtes.

Abbé Du Bos, Réflexions critiques sur la poésie et sur la peinture, 2° partie, 11

Écouter  : L’imposture (3/4)

De l’art d’être faussaire

Groupe Réflexion Culture

Le GROUPE RÉFLEXION CULTURE est constitué de manière facultative par des élèves de seconde, première, Terminale et lycée pro. aimant les arts, le théâtre, le spectacle vivant… Depuis 2014, il est partenaire du FESTIVAL D’AVIGNON…

… A ce titre un voyage à PARIS est organisé grâce à un financement de la région (ancien CVLA) et la participation des familles. Du 2 au 4 février 2018, 14 élèves pourront découvrir la vie Parisienne en particulier lors de deux soirées théâtre exceptionnelles :

« 8. »Au théâtre du Vieux Colombier (Comédie-Française) Vendredi 2

J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne
de Jean-Luc Lagarce
Mise en scène Chloé Dabert

« Je regardais le ciel comme je le fais toujours, […] je songeais à toutes ces années que nous avions vécues et que nous avions perdues, toutes ces années que nous avions passées à l’attendre, celui-là, le jeune frère, depuis qu’il était parti, s’était enfui, nous avait abandonnées. »

Jean-Luc Lagarce raconte ici le retour ultime du fils – ou du frère – dans la maison familiale, en écho à Juste la fin du monde, pièce avec laquelle l’auteur est entré au Répertoire en 2008 et qui a été récemment adaptée au cinéma par Xavier Dolan. Tel Ulysse, il revient de ses guerres, épuisé, et les femmes le couchent dans sa chambre où il sombre dans un sommeil éternel. Elles attendaient son retour pour commencer à vivre… Dès lors la parole se libère : « on lutte une fois encore, la dernière, à se partager les dépouilles de l’amour, on s’arrache la tendresse exclusive. On voudrait bien savoir. »
Cette pièce féminine, écrite par un homme, est confiée à Chloé Dabert qui signe, après Nadia C., sa deuxième mise en scène avec la Troupe. Elle rassemble une famille d’actrices à même d’incarner ces grands rôles du répertoire contemporain, proches des Trois Sœurs de Tchekhov, qui cherchent dans le flot des mots l’expression la plus juste de soi, avec maladresse parfois, colère ou joie. Cette partition fluide et rythmée invite à un travail précis, métronomique, mené ici comme une étape nécessaire à un jeu libre.
Texte en ligne :
http://mm77370.free.fr/fichierstextes/jetaisdansmaison.html
à écouter

« 7. »et aux Ateliers Berthier Odéon Samedi 3 :

Saigon
un spectacle de Caroline Guiela Nguyen / artiste associée
les Hommes Approximatifs

Chez les Hommes Approximatifs, beaucoup de choses se jouent dans les intervalles. Des existences entières peuvent s’y glisser entre deux gestes ou deux paroles. Il suffit, par exemple, de remarquer que Saigon est un nom aujourd’hui perdu pour que se creusent des distances inouïes. Certaines vies se sont jouées là, entre 1956 et 1996. Souvent elles sont restées discrètes, silencieuses. Parfois, la langue maternelle a été tue jusqu’à l’effacement. Mais l’Histoire, pour peu qu’on sache l’entendre, peut briller au détour d’une confidence, d’un mot oublié depuis un demi-siècle. La chair poétique des spectacles de Caroline Guiela Nguyen, artiste associée à l’Odéon, naît d’un long processus d’immersion et de rencontres, puis d’écriture collective au plateau. Ce projet-ci réunit des comédiens français et vietnamiens pour donner corps ensemble à “cette France qui doit se raconter au-delà de ses propres frontières”. Bouquet de voix et de visages situé dans un restaurant valant pour tous lieux et tous temps, Saigon tresse des histoires d’exils et d’amour à partir de centaines d’émotions racontées en France et au Vietnam, puis métamorphosées en théâtre. “La grande préoccupation de notre compagnie”, conclut Caroline Guiela Nguyen, “est de savoir quels sont les récits que nous apportons comme réponse à notre monde.”

Pour en savoir plus :
http://www.theatre-odeon.eu/fr/2017…
à écouter :
https://www.franceculture.fr/emissions/par-les-temps-qui-courent/caroline-giulia-nguyen

Programme des visites prévues samedi 3 :
Visite guidée de l’Opéra-Garnier

Visite du Centre G. Pompidou
Atelier Brancusi
Visite de
Dimanche 4 :
Visite de l’Institut du Monde Arabe

Bonne Année 2018

Galettes de Claude Monet 1882

 

 

« Pour la nouvelle année. Je vis encore, je pense encore : je dois encore vivre, car je dois encore penser. Sum, ergo cogito ; cogito, ergo sum. Aujourd’hui, chacun ose exprimer son vœu et sa pensée la plus chère : soit ! Je veux donc dire moi aussi ce qu’aujourd’hui je me souhaitais à moi-même et quelle pensée a cette année été la première à traverser mon cœur – quelle pensée doit être le fondement, la garantie et la douceur de toute pensée à venir ! Je veux toujours plus apprendre à voir la nécessité dans les choses comme le beau – ainsi serai-je l’un de ceux qui rendent belles les choses. Amor fati : que cela soit à présent mon amour ! Je ne veux mener aucune guerre contre le laid. Je ne veux pas accuser, je ne veux pas même accuser les accusateurs. Que détourner le regard soit mon unique négation ! Et, en tout et pour tout, et en grand : je veux, en n’importe quelle circonstance, n’être rien d’autre que quelqu’un qui dit oui. »

Nietzsche, Le Gai savoir, § 276, IV partie

A la folie

SORTIE DU 19 DÉCEMBRE 2017 A L’HÔPITAL PSYCHIATRIQUE DE MONTFAVET

Avis divers d’élèves :

J’ai pu réutiliser des citations et j’ai trouvé ça intéressant.

« L’être de l’homme, non seulement ne peut pas être compris sans sa folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme, s’il ne portait en soi la folie comme la lumière, de la liberté »

Jaques LACAN (psychanalyste français)

J’ai été choqué des termes employés par les gens pour définir les fous, tels que « aliénés » que l’on pouvait voir écrit sur le sol.

J’ai trouvé ça intéressant, j’ai pu beaucoup apprendre sur Camille Claudel.

J’ai beaucoup aimé , même si je m’attendais à une visite ou à des témoignages…etc

J’aurais aimé savoir comment fonctionne l’hôpital de nos jours.

J’ai trouvé ça intéressant, le cadre de sortie de classe était sympa.

J’ai été choqué lorsqu’elle a parlé des électrochocs.

J’ai aimé la partie historique que l’on nous a présenté.

C’était très axé sur le passé.

J’ai trouvé ça super intéressant.

SUJET A METTRE EN RAPPORT AVEC LA SORTIE

Doit-on soigner les maladies mentales ?

A partir de quand peut-on être considéré comme fou ?

Le fou, une autre facette de l’humanité ?

Y a-t-il de l’inhumanité dans la folie ?

La folie fait elle partie de la normalité ?

Art et folie

« 12 jours », l’hospitalisation psychiatrique

Le photographe et documentariste Raymond Depardon s’est plongé pour la troisième fois dans un hôpital psychiatrique dans le cadre d’un documentaire.

Après San Clemente (1980) et Urgences (1980), 12 jours s’intéresse à l’hospitalisation psychiatrique sans consentement. Le titre fait référence à une loi de 2013 qui oblige les psychiatres, dans un délai de douze jours, à soumettre au juge des libertés et de la détention le dossier contenant le programme de soins.

Lors d’une rencontre, le 26 mai, le premier constat que fait Depardon, c’est que « l’hôpital psychiatrique a pas mal changé ». Il s’est donc imposé « de repartir à zéro » et d’éviter « les poncifs du cinéma psychiatrique ».

12 jours a été présenté en séance spéciale (hors compétition) au dernier Festival de Cannes.

LE MONDE

Désir, plaisir

Roland Barthes, écrivain, sémiologue, (dans la fumée de ses cigarettes !) à propos de la parution de son texte Le plaisir du texte, 1973

Il est « difficile de proposer une loi générale du plaisir de la lecture ».

« La notion même de plaisir est assez mal connue. Toute la philosophie occidentale a plus ou moins censuré le concept de plaisir ».

« Les philosophes du plaisir sont extrêmement rares : on peut citer des philosophes ou très anciens ou marginaux comme Épicure ou Sade ou peut-être même comme Diderot. Quand nous parlons de plaisir, nous devons lutter avec une certaine résistance culturelle »

« Je me suis servi d’une opposition, psychanalytique, entre le plaisir et la jouissance. Ce qui est du côté du plaisir, ce sont les textes qui apportent une forme d’euphorie, de confort, qui renforcent son moi. C’est pourquoi le plaisir est tout à fait compatible avec la culture. Il y a incontestablement un plaisir de la culture. La jouissance, c’est quelque chose de beaucoup plus radical, absolu, qui ébranle le sujet, qui le divise, qui le pluralise, qui le dépersonnalise. C’est une expérience de type très différente et qui va très souvent contre la culture en ce sens que les textes de jouissance, très rares et variables selon les sujets, ont la valeur d’expérience-limite et marginale ».

René Girard explique le désir mimétique créateur de rivalité. (Là, c’est le présentateur qui fume…)

Hommage à Françoise Héritier

Lorsqu’on se déplace d’une culture à une autre, on se rend compte que l’affectation des terminologies peut changer de sexe. Prenons l’exemple actif/passif. Chez nous « actif » est masculin, parce que si on essaye de l’expliquer, il implique la domination sur les choses […], mais si vous allez en Inde, ou en Chine, le passif est affecté du signe masculin. L’actif est féminin, mais c’est le passif qui est valorisé, parce qu’il signe la maîtrise sur soi-même, non pas sur les choses.

New York

J’aime New York. J’ai appris à l’aimer. Je me suis habitué à ses ensembles massifs, à ses grandes perspectives. Mes regards ne s’attardent plus sur les façades, en quête d’une maison qui, par impossible, ne serait pas identique aux autres maisons. Ils filent tout de suite à l’horizon chercher les buildings perdus dans la brume, qui ne sont plus rien que des volumes, plus rien que l’encadrement austère du ciel. Quand on sait regarder les deux rangées d’immeubles qui, comme des falaises, bordent une grande artère, on est récompensé : leur mission s’achève là-bas, au bout de l’avenue, en de simples lignes harmonieuses, un lambeau de ciel flotte entre elles.

New York ne se révèle qu’à une certaine hauteur, à une certaine distance, à une certaine vitesse : ce ne sont ni la hauteur, ni la distance, ni la vitesse du piéton. Cette ville ressemble étonnamment aux grandes plaines andalouses : monotone quand on la parcourt à pied, superbe et changeante quand on la traverse en voiture.

J’ai appris à aimer son ciel. Dans les villes d’Europe, où les toits sont bas, le ciel rampe au ras du sol et semble apprivoisé. Le ciel de New York est beau parce que les gratte- ciel le repoussent très loin au-dessus de nos têtes. Solitaire et pur comme une bête sauvage, il monte la garde et veille sur la cité. Et ce n’est pas seulement une protection locale : on sent qu’il s’étale au loin sur toute l’Amérique ; c’est le ciel du monde entier.

J’ai appris à aimer les avenues de Manhattan. Ce ne sont pas de graves petites promenades encloses entre des maisons : ce sont des routes nationales. Dès que vous mettez le pied sur l’une d’elles, vous comprenez qu’il faut qu’elle file jusqu’à Boston ou Chicago. Elle s’évanouit hors de la ville et l’œil peut presque la suivre dans la campagne. Un ciel sauvage au- dessus de grands rails parallèles : voilà ce qu’est New York, avant tout. Au cœur de la cité, vous êtes au cœur de la nature.

Il m’a fallu que je m’y habitue, mais, à présent que c’est chose faite, nulle part je ne me sens plus libre qu’au sein des foules new-yorkaises. Cette ville légère, éphémère, qui semble chaque matin, chaque soir, sous les rayons lumineux du soleil, la simple juxtaposition de parallélépipèdes rectangles, jamais n’opprime ni ne déprime. Ici, l’on peut connaître l’angoisse de la solitude, non celle de l’écrasement.

Jean-Paul SARTRE, Situation III, 

Aux États-Unis !

« L’homme ne peut devenir homme que par l’éducation. Il n’est que ce que l’éducation fait de lui. Il faut bien remarquer que l’homme n’est éduqué que par des hommes et par des hommes qui ont également été éduqués. C’est pourquoi le manque de discipline et d’instruction (que l’on remarque) chez quelques hommes fait de ceux-ci de mauvais éducateurs pour les élèves. Si seulement un être d’une nature supérieure se chargeait de notre éducation, on verrait alors ce que l’on peut faire de l’homme.
Mais comme l’éducation d’une part ne fait qu’apprendre certaines choses aux hommes et d’autre part ne fait que développer en eux certaines qualités, il est impossible de savoir jusqu’où vont les dispositions naturelles de l’homme. Si du moins avec l’appui des grands de ce monde et réunissant les forces de beaucoup d’hommes on faisait une expérience, cela nous donnerait déjà beaucoup de lumières pour savoir jusqu’où il est possible que l’homme s’avance? »
KANT