Révisez avec un épistémologue !

Popper nous parle du critère de réfutabilité en science

Assurez vous en écoutant la vidéo ci-contre que vous avez bien compris le cours sur la connaissance scientifique :

Qu’est-ce qu’une hypothèse ? Qu’est-ce qu’une preuve ? Qu’est-ce qu’un fait ? Que signifie vérifier une théorie scientifique ? Pourquoi une expérience doit-elle pouvoir réfuter une théorie ?

Comment la science progresse-t-elle ? Qu’elle est la différence entre science et pseudo science ?

Philosopher, c’est aimer la verité

 

la verité

Méthode :

 

La vérité est un thème qui regroupe différentes notions du programme  : on parle au sens courant de vérité mathématique , on jure au tribunal de dire toute la vérité , Diderot affirme l’existence d’une vérité en peinture…

Problématique :

Recherche de la vérité qui définit la philosophie suppose un objet vrai ou un discours vrai (vérité formelle ).  Le problème est l’adéquation entre la réalité et un type de discours ( logos  = ?????) de celui qui la désire .

Intérêts :

Le domaine de la connaissance (« que puis-je savoir ? »)

Le domaine moral (« que dois-je faire ? »)

La métaphysique ( « que m’est-il permis d’espérer ? »)

L’anthropologie (« qu’est-ce que l’homme ? »)

Références :

Le commencement ou l’origine de la philosophie : contre les sophistes = le dialogue socratique.

La dialectique platonicienne et le monde des idées.  https://lewebpedagogique.com/philoflo/allegorie-de-la-caverne/ et https://lewebpedagogique.com/philoflo/allegorie-de-la-caverne-2/ et https://lewebpedagogique.com/philoflo/apprendre-a-philosopher/qui-est-le-plus-sage/

Texte de Hegel : « La démarche mise en œuvre dans la familiarisation avec une philosophie riche en contenu (…) »

Texte de Kant, logique

https://lewebpedagogique.com/philoflo/textes-en-regard-du-cours/

https://lewebpedagogique.com/philoflo/apprendre-a-philosopher/

https://lewebpedagogique.com/philoflo/apprendre-la-philosophie/

Vocabulaire :

Vérité ; science ; opinion(Doxa) ; philosophie ; raison ; logos  ;discours ; dialogue ; dialectique ; universel ; particulier ; général ; réflexion ; imagination ; sensation;  sentiment;  penser ; désir et amour de la sagesse (Sophia ) ; démonstration ;  connaissance ;  méthode ; logique formelle ; monde sensible et monde intelligible ; maïeutique ;  ironie socratique croyance ; préjugés;  métaphysique ; doute;  physicien( phusis)

https://lewebpedagogique.com/philoflo/la-verite-lsesvocabulaire/la-verite/

Le vivant

leçon d'anatomieLa leçon d’anatomie, Rembrandt

« Je ne suis pas seulement logé dans mon corps, ainsi qu’un pilote dans son navire » Descartes

Méthode :

Comme le rappelle Descartes, la connaissance du corps et plus complexe que celle de l’âme. La biologie contemporaine ne peut pas définir la vie mais parle de connaissance du vivant comme système , c’est à dire ensemble d’éléments organisés en un tout. Il faut pour ce cours connaître les progrès de la biologie, science tout à fait récente, mais aussi l’histoire du concept de vivant qui la précède.

Problématique :

La connaissance du vivant suppose que ce dernier soit constitué en tant qu’objet de science, or tout objet et une chose sur laquelle on peut expérimenter. Le système vivant semble au contraire être doué d’un projet, et en ce qui concerne l’homme il ne s’agit pas d’une chose mais d’une personne. Il n’est pas sur que la notion de vie ait un statut scientifique. Le problème est donc la connaissance d’un organisme finalisé.

Le problème est de comprendre objectivement le vivant sans cependant le séparer des cercles de vie, en particulier pour l’homme de la problématique morale et de l’existence.

Intérêt :

L’histoire de la notion, il faut connaître les points de vue successifs pour l’étude du vivant :

– Le vitalisme Aristotélicien (le vivant possède une âme)

– Le mécanisme Cartésien (le vivant est une machine)

– L’élan vital de Bergson (la vie est jaillissement)

– L’organisme de la biologie contemporaine interdit de prendre en considération les causes finales et rend donc caduque une définition de la vie

Vocabulaire :

La vie, le vivant, l’ordre, le système, la nature, le déterminisme, la biologie, l’éthique, la morale, l’instinct, le monde, le milieu, la théorie cellulaire, la biochimie, la génétique, l’autonomie, la liberté, le mouvement, l’énergie, la genèse, l’organisation, le corps, subjectif objectif, causalité finalité, botanique, zoologie, espèce, genre, caractère, mort, méthode expérimentale, théorie, empirisme, hypothèse, induction, déduction.

Références :

Textes en photocopies.

https://lewebpedagogique.com/philoflo/textes-en-regard-du-cours/

Citation de Jaques Monod : « L’univers n’était pas gros de la vie ni la biosphère de l’homme. Notre numéro est sorti au jeu de Monté Carlo, quoi d’étonnant à ce que, tel celui qui vient de gagner un milliard, nous éprouvions l’étrangeté de notre condition ? »

Citation de François Jacob « D’abord simplement dépouillé de leur peau, ces corps d’hommes et de femmes exhibent le réseau des vaisseaux superficiels. Puis les couches de muscles sont retirées une à une. Sectionné à son attache supérieure, chaque muscle est rabattu, laissant émerger ce qu’il caché ( … ) Si l’homme occidental est parvenu à se constituer pour lui même en objet de science, c’est à travers son propre cadavre. Pour connaître son corps, il faut d’abord le détruire. »

Aristote, histoires des animaux, des parties des animaux, de la génération et de la corruption, le petit traité de l’âme.

Descartes, discours de la méthode, 5eme partie.

Kant, critique de la faculté de juger 1ere partie 2eme section.

Claude Bernard, introduction à l’étude de la médecine expérimentale.

Jacques Monod, le hasard et la nécessité.

François Jacob, le jeu des possibles.

La connaissance scientifique pour les démunis*

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« La science ne peut fournir à l’homme dévasté qu’un phare aveugle,une âme de détresse, des outils sans légende.

Au plus démunis : le sifflet des manœuvres.» René Char, Le nu perdu.

Méthode :

Réflexion sur des savoirs existants supposés connus. On appelle épistémologie le discours sur la connaissance scientifique, plus précisément sur la méthode et l’objet des sciences particulières.

Problématique :

Définir la science comme un même mode de penser malgré la multiplicité des sciences dans l’histoire. (qui l’ont jalonnée tout son long).

Confronter la science à d’autres modes de penser, sans glisser vers le scientisme  ( Croire que la science est supérieure aux autres modes de penser )

Le lien entre savoir et pouvoir, le lien entre science et morale. (—> On en est très friand au BAC !!!).

Intérêts :

Le domaine de la connaissance : La science satisfait le « désir de savoir » (Cf. : Aristote*) de l’esprit humain, mais ne répond pas aux questions morales, métaphysiques, ou existentielles, que l’Homme peut se poser.

Vocabulaire :

Raison (Logos) : réel, science, scientifique, scientiste, connaissance, vérité (elle joue au Tabou), concept, hypothèse, postulat, axiome, pré-supposé,  principe, démonstration, syllogisme, erreur, illusion, croyance, ignorance, empirisme, méthode, théorie, loi.

Références :

Le texte de Bachelard.

Le texte de Auguste Comte

– Citation : « A prendre la place des religions, la science n’a pas changé de voisinage. Elle est toujours auprès du sabre, une encyclopédie à l’ombre des épées. Le pouvoir veut de l’ordre, le savoir lui en donne. A chaque moment d’inauguration, la science énonce un théorème de puissance, un mot d’ordre. » Michel Serres

– Dans votre manuel scolaire Hatier : « La démonstration : 2 p 241, 4 p 243, 6 p 245 ; Matière et esprit : 4-5 p 294, et 6 p 296, la Vérité : 1 p 310, 2 p 311, 8 p 316, 9 p 317 ; La liberté : 5 p 401, 7 p 403. » Dans votre manuel scolaire Hatier.

Exercices :

science et progrès, science et opinion

* du bac blanc!!

Fiche de révision techno « la vérité si je mens »

la_dentelliereLa dentellière, tableau de Johannes Vermeer (1632-1675)

Dans ce tableau le peintre utilise des objets domestiques qui n’ont rien de banal ou de secondaire car ils apparaissent comme si le spectateur épiait par le trou d’une serrure une jeune femme dans son intimité. Le premier plan est flou mais les mains et le visage sont très nets, comme si la scène avait été photographiée en contre plongée. On n’est pas loin de la vérité, car de fait le peintre a utilisé une camera obscura, très lointain ancêtre de l’appareil photo. Cela donne une impression réaliste. Pourtant la peinture comme plus tard la photo d’art n’est pas une copie du réel…


La vérité  peut être classée en 3 catégories:

la connaissance ex : le vrai et le faux dans le domaine des maths = la vérité logique. Contraire ou différent de l’erreur.

la morale ex: au tribunal « je jure de dire la vérité… »= la vérité pratique. Contraire ou différent du mensonge ( faute morale).

en art « la vérité d’un tableau » c’est par exemple quand on dit qu’on fait un portrait de quelqu’un. Contraire ou différent de l’illusion. Pour le tableau on croit que c’est un personnage réel, ou au théâtre on croit à la réalité du personnage (cf. l’illusion comique de Corneille). Zeuxis a peint une grappes de raisins tellement vraies que les oiseaux venaient la picorer. Lorsque Platon apprend ça il se dit qu’il n’y a que les animaux qui sont trompés. L’homme qui raisonne, celui qui sait ne se laisse pas tromper. Platon oppose le savoir non pas à l’ignorance mais à la croyance il vaut mieux ne pas savoir, ne pas posséder la vérité que croire savoir.

Dans le célèbre texte de l’allégorie de la caverne (république livre 7), Platon décrit les hommes comme des prisonniers trompés par les ombres qui défilent sur la paroi du fond. Le véritable philosophe est celui qui se détache de cette vision trompeuse et recherche la vérité dans les idées extérieures à l’opinion.

La vérité définit la démarche philosophique si on la considère non pas comme une possession mais comme une recherche.

Le philosophe est en manque de vérité,il est amoureux de la vérité, il la désire.

La vérité a un lieu : c’est le langage. Elle n’est pas la réalité, c’est une conformité issue du discours ( ????? = logos = logique). La vérité n’est qu’un jugement sur le réel. Il existe une vérité formelle qui ne correspond à rien dans ce qui nous est donné par nos cinq sens. Ex : Le syllogisme : C’est un raisonnement qui a l’apparence d’une vérité mais qui ne correspond à rien du point de vue matériel. (Exemple avec Socrate partie cours).

Pour atteindre le vrai, le philosophe n’a qu’un instrument : C’est la raison (????? =logos). Le bon sens chez Descartes est la chose du monde la mieux partagée. La raison est une faculté de l’esprit universelle qui nous permet :

-de distinguer le vrai du faux (être rationnel, usage théorique de la raison). La vérité de la raison s’oppose à l’opinion, à la croyance, au préjugé.

-de distinguer le bien du mal (être raisonnable, usage pratique de la raison). Dans ce sens on l’oppose à la passion.



La vie et le vivant

Les étapes de la vie, Giorgione

L’épistémologie est définie comme un « discours » sur la science en général c’est-à-dire une théorie qui essaie de définir :

  • Les fondements

  • Les méthodes

  • Les objets

  • la finalité

de chacune des sciences qui aujourd’hui apparaissent comme le savoir scientifique. Malgré la multiplicité des connaissances, la critique philosophique n’a de cesse de prétendre regrouper et classifier les différents savoirs ; elle n’a pas en ce sens renoncer au pari d’Aristote d’être « la science des sciences » ni au vœu Platonicien de se définir comme une discipline panoptique, englobant différents savoirs.

On distingue cependant différents niveaux de réflexion et différents enjeux selon la science étudiée.

La BIOLOGIE est la science du vivant, de son évolution, de ses mutations.

  • L’épistémologie de la biologie s’intéresse plus particulièrement à la définition du vivant.

Mais qu’est-ce que la vie, comment expliquer le vivant semblent être des questions à la fois simplistes et des problèmes insolubles. La vie, « c’est le fait de vivre », le vivant, « c’est celui qui n’est pas mort » et autres expressions tautologiques nous montrent l’apparente évidence de ces définitions. Cependant, le vivant est une de ces notions semblable à ce qu’affirmait Saint Augustin à propos du temps : « Qu’est-ce donc que le temps ? Quand on me le demande pas je me sais mais dès qu’on me le demande et que je tente de l’expliquer, je ne le sais plus. »

  • On peut parler d’une évolution du concept du vivant au fil des recherches scientifiques et des conceptions philosophiques dans la mesure où certaines représentations sont historiquement datées : le vitalisme (Aristote), le mécanisme ( Descartes), le réductionnisme…

  • Enfin l’épistémologie de la biologie nous interroge sur la méthode expérimentale, c’est-à-dire sur ce qu’Auguste Comte nomme « l’usage bien combiné de la raison et de l’observation » sans voir de prééminence entre théorie et expérience, deux démarches qui se complètent. Le développement des sciences humaines au XX° siècle permettra de se demander si cette démarche peut-être exportée dans l’explication des sociétés humaines dans le fameux débat entre sciences dures et sciences de l’homme.

Qu’est-ce que la vie ?

Il y a une prolifération de sens du mot vie ainsi qu’un foisonnement d’expressions courantes qui marquent le terme d’une étonnante vitalité ! Nous pouvons, à partir du langage ordinaire réfléchir sur le sens du mot vie, c’est-à-dire, en philosophe s’étonner de de cette étrangeté qui pour un vivant constitue l’habitude de vivre.

 

La vie, c’est le fait de vivre. Nous n’apprenons rien de plus en énonçant ce qui est un fait, comme si la vie ne renvoyait qu’à elle-même et cependant il y a une dimension métaphysique dans cette circularité, car le fait de vivre renvoie à « l’être » en vie au sens d’Aristote et à la problématique de sa définition ; ainsi pourrait-on penser la vie selon plusieurs catégories. Ou bien vivre serait une manière d’être, le mouvement d’un devenir ou une action en train de se faire. Mais alors cela renvoie à un sujet, un agent actif (une âme ? une raison ?) ou un substrat passif (une matière ?), dont nous ne sommes pas sûrs qu’il vaille pour toute forme de vie en dehors de l’homme agissant, « faisant » sa vie.

La vie, c’est l’existence. N’est-ce pas une nouvelle tautologie ? Le fait d’exister, « abstraction faite de ce qui est » ; « par opposition à l’essence , au concept de l’être » : voilà ce que nous disent les dictionnaires. L’existence serait donc le concret, le vécu et non le pensé, une sorte de présence et d’intuition de ce qui est actuel. Mais le sens glisse alors vers la « réalité vécue » au sens de la durée dont parle Bergson ; en effet poursuivons les sens du dictionnaire, exister c’est « avoir cours, être en vigueur, durer, subsister, exemple : cette variété d’oiseaux n’existe pas en Europe ». Avec le sens de l’existence on entend une genèse, un développement dans l’espace et le temps, ce que le terme allemand exprime par le mot Dasein, être-là, être au monde, exposé aux contingences du devenir spatio-temporel. C’est aussi avoir une réalité dans la nature (nascor = naître) comprise comme le grand tout, la mère nourricière qui accueille et fait subsister ses propres formes. Mais cette existence n’est pas seulement vie, elle est aussi expérience de la vie. En allemand, il existe deux termes voisins, leben et erleben, pour marquer cette distinction ,ce qu’explique V. Jankélevitch : « D’une amibe, jamais on ne dira erleben, car le préfixe r- donnant au verbe un sens transitif, implique la présence d’un sujet agissant, dont l’action serait la vie elle-même, et non la présence d’un être passif auquel la vie serait comme extérieure. En un mot, si je puis ainsi m’exprimer, l’animal vit, mais il ne vit pas sa vie ; l’homme vit, et de plus il vit sa propre vie, il vit ses états de conscience et de durée spirituelle ».

 

Vie = « ensemble des phénomènes (croissance, métabolisme, reproduction) que présentent tous les organismes, animaux ou végétaux, de la naissance à la mort » C’est la définition scientifique alors qu’un scientifique lui-même nous invitait à y renoncer : « Il faut renoncer en physiologie à l’illusion d’une définition de la vie. Nous ne pouvons que caractériser ses phénomènes. Il en est d’ailleurs ainsi dans toute science. Les définitions sont illusoires : les conditions des choses sont tout ce que nous pouvons connaître. » Cette remarque de Claude Bernard renvoie aux phénomènes caractéristiques des êtres vivants contre une prétention à une définition globale. On peut, en biologie considérer la vie par ses propriétés essentielles ; celles ci sont d’ailleurs communes aux animaux et aux végétaux, c’est—à-dire qu’ils s’unifient en ce qu’ils concernent tous les organismes (par exemple la locomotion, la conscience, sont des propriétés de certains vivants qui n’entrent pas dans la définition. Plus la vie s’étend en extension (jusqu’à l’ensemble des vivants) , plus elle s’appauvrit en caractères remarquables. La difficulté reste cependant de considérer ces caractères comme délimitant la compréhension de la vie (par exemple la reproduction est -elle au-delà des bornes de la naissance et de la mort ? Est-elle la condition même de toute naissance et ce qui donne un sens à la mort ? ) La biologie actuelle rend possible ces questions en montrant qu’il y a quelque chose derrière ces phénomènes caractéristiques du vivant, qu’il y a comme une « essence » de la vie qui échappe à toute description. La vie ne se réduit pas à ses phénomènes dans la mesure où les vivants sont avant tout des organismes c’est-à-dire déjà des entités déjà complexes qui fonctionnent mais dont la manière dont il se forment nous échappe encore. Quand nous parlons d’organisme nous confondons en un universel deux logiques de formation du vivant. L’une concerne de la naissance à la forme achevée, l’inquiétude et l’objet de l’embryologie, l’autre fait de la vie une multiplicité de forme dans l’identité d’un type et préoccupe les savants soucieux de classer les vivants dans l’ordre de la nature et de considérer le facteur temps dans l’explication du vivant (dans l’histoire de la biologie on passe des taxinomies aux théories de l’évolution quand l’histoire même de la nature devient mouvante.)

 

La vie dans quelques expressions familières

la vie a-t-elle un prix ? Si l’on tient compte des expressions familières, un registre économique et axiologique se manifeste : c’est la vie qui n’a pas de prix, que l’on donne, que l’on reçoit, que l’on transmet, que l’on sacrifie et qui coûte ; quelque chose qu’on prête, qu’on risque, et qu’on sauve jusqu’à souscrire des assurances lorsqu’il s’agit de la sienne. Rare et unique pour l’individu qualifié de vivant, elle peut se transmettre de parent à enfant mais n’est pas substituable ni même échangeable ( sauf dans le cas diabolique d’un contrat particulier avec Le Malin). Dans le registre économique, la vie donne ou plutôt « dote » les héritiers de quelque chose qui ne relève pas d’une possession comme d’un bien échangeable ou quantifiable. Et quand l’économie devient politique, on ne sait plus, à propos de la vie, qui est propriétaire (le droit de vie et de mort du pater familias, du maître, du seigneur pose déjà problème et l’aspect d’aliénation de la vie est soulignée par Marx lorsque la force de travail n’est plus la propriété de celui qui la produit).

L’aspect unique, irremplaçable et précieux de la vie en fait une raison de combat ou de conflit des intérêts « vitaux » (même dans le cas cellulaire défini par un ensemble de systèmes de défense). Ce combat, prend son sens dans la lutte de la vie contre son contraire, la mort, lutte dont le paroxysme s’illustre par l’agonie, c’est-à-dire la lutte pour la santé et la vie contre la maladie et la mort.

 

La vie et ses connotations morales.

Quelque chose qu’on « mène », une manière de vivre dans la durée comme dans l’ordinaire des jours ( la vie courante, la vie quotidienne), ce sont des formes de vie ou des façons d’être qui échappent à la détermination d’une définition. En effet, la vie en ce sens est individuelle ( la vie simple ou rangée, la vie de Bohème, la vie d’artiste, la belle vie ou même la double vie, sont autant d’expression qui montrent que le propriétaire de la vie s’identifie à la manière dont il en use et en jouit, dans ses affects comme dans ses œuvres. On peut se laisser vivre, même si l’on ne choisit pas forcément de mener une « vie de chien ». C’est que ces formes de vie individuelles rejoignent des formes de vie collective où l’individu participe à une corporation (la vie des marins, la vie des mineurs) comme à une époque (la vie des romains). Même si l’individu se sent en marge de ces modes de vie, c’est encore pour remarquer les multiples normes qui régissent une communauté ou une époque et cependant autorisent à revendiquer sa vie comme son propre, et à nouveau à accorder une valeur incomparable à chaque engagement. Tout ce qui fait qu’une œuvre est vivante, c’est ce caractère unique au-delà de la catégorie de son existence. Ce sens empêche que l’on traite du tropisme des plantes ou de la vie des animaux (sinon à la mettre en fable), car le registre moral ne concerne que l’homme dans son autonomie.

La vie = ensemble des activités et des événements qui remplissent pour chaque être l’espace de temps entre sa naissance et sa mort.

On est ici renvoyé aussi bien à l’existence qu’aux différents modes qu’elle peut épouser « la vie des hommes illustres » est ici un registre caractéristique de la compréhension de la vie comme destin ou destinée. Les romans ou tragédies, les biographies sont l’écho de ce qui se trame dans certains genres de vie, sans compter l’histoire même prise au sens antique d’ »enquête » destinée à nourrir de modèle la postérité (la vie des Césars, la vie des Saints, etc.) Reste à savoir si la vie de ces hommes reflète la vie ordinaire et intemporelle que nous cherchons à définir.

La vie = moyens matériels (nourriture, argent…) d’assurer la subsistance d’un être vivant.

La vie qu’on gagne, les vivres, et en regard leur coût et le niveau de vie qui en résulte. « Il faut bien vivre ! » comme si l’impératif du besoin rejoignait le sens biologique. Aristote caractérise la vie par la faculté nutritive, une faculté qui explique des comportements végétaux et animaux et qui ramène la vie à la conservation de soi . Cependant le sens ne saurait encore une fois, pour l’homme fonder la vie sociale et politique sans lui ajouter la conscience de ces appétits que Spinoza nomme désir.

La vie intérieure, « la vraie vie ».

Aristote distingue en l’âme cette faculté intellective si éloignée de la nutrition ou de la sensation que l’on peut se demander si elle a encore quelque rapport au corps vivant, au besoin ou aux fonctions biologiques dévolues à la matière. Certes, la vie est en ce sens animation, elle intensifie le corporel et achève pleinement le vivant (l’homme) mais toujours dans la scission de l’esprit et de la matière sans que fut résolu le problème de leur union au sens existentiel. La vie dans ce sens serait cette dramatique scission vécue dans l’expérience individuelle de la quête d’une réalisation pleinement humaine. Vie spirituelle, mentale, psychique qui trouve sans doute son accomplissement dans les œuvres qui en témoignent.

La vie = « part de l’activité humaine, type d’activité qui s’exerce dans certaines conditions, certains domaines. »

Si au niveau biologique la vie se reproduit en se séparant d’elle-même (la scissiparité des êtres unicellulaires), elle se différencie et se multiplie chez l’homme par ses activités. Est-ce la même vie, est-ce le même vivant qui a une vie familiale, sociale, politique, économique, culturelle, artistique, religieuse, sportive… et même à l’intérieur d ces exemples chaque vie peut encore être spécifiée (vie municipale ou nationale en politique, musicale ou littéraire en art…) au point que l’on peut se demander comment chaque vivant peut s’unir, se mêler à ces cercles différenciés. Vie privée (de quoi ?) et vie publique (le milieu pour les animaux ?) questionnent encore la définition de l’unité de la vie.

La vie = absolument : le monde humain, le cours des choses humaines, la participation au monde réel.

L’activité humaine, toujours artificielle et transformatrice est possible si l’on considère la spécificité de ce vivant capable à la fois de s’approprier l’évolution de la nature et de faire de cette matière une réalité elle-même historique. L’homme dit qu’il veut changer la vie, il l’aime, la regarde en face, bref, il lui donne un sens qui lui est propre et commun à la fois. C’est la vie qui va, quand le monde devient humain et l’homme mondain. En ce sens la vie est une intuition qui n’existe que comme vécu particulier s’éloignant de l’immédiateté de la nature pour fonder l’ordre de l’histoire.

La vie = existence dont le caractère temporel et dynamique évoque la vie.

Le sens métaphorique du mot vie retient deux propriétés essentielles, le temps , le dynamisme ou, en terme aristotéliciens, le passage de la puissance à l’acte, l’actualisation (la langue vivante). Comme si les idées avaient une vie, une actualité ou une capacité proche de celle de l’homme à organiser, créer, inventer. Même les machines ont une « durée de vie » au-delà de laquelle elles perdent tout usage. La vie des étoiles, des atomes est aussi agitée que celle des corps matériels fabriqués par l’homme. La vie est alors prêtée à l’inanimé compris comme capable de forme, d’informer ou d’agir, tels des corps plein d’énergie et de vitalité.

On retiendra ce dernier sens qui nous dit ce qui est le plus vif de la vie. La vie, dans tous ces états peut-être le débordement, la sauvagerie qui excède le vivant, le vital et ses propriétés biologiques.

F.B.

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Voici la définition que propose Jean Mauchamp (biologiste, CNRS) pour nous aider à comprendre le vivant :

 

D’abord des précisions sur les mots employés. Pour bien savoir de quoi on parle il faut d’abord préciser (encadrer) l’emploi de deux termes: réalité (ou réel) et vivant

-1- Réalité

La réalité c’est ce qui existe indépendamment de tout observateur qu’il soit animal ou humain. La réalité est inconnaissable. Un observateur, quelqu’il soit, ou qu’il soit, n’en voit qu’une partie, le reste restant caché. La partie vue change avec la position de l’observateur, les instruments qu’il utilise et avec le temps. L’observateur crée des représentations de la réalité (du réel) qu’il peut appeler Vérité. Il y a une réalité (un réel). l’observateur crée des représentations, des vérités.

Seul le Démon de Laplace, imaginé par les physiciens, peut voir la réalité en tout point à tout instant…mais c’est un Démon!!!

On peut même poser la question : la Vérité est-elle une Fiction?

-2- Vivant

D’abord nous nous restreindrons au Vivant biologique.Toute utilisation métaphorique..(La terre vivante..L’univers vivant..) liée au fait que la terre, l’univers changent sera exclue.

Ensuite nous emploierons vivant comme un adjectif associé au mot système. Nous parlerons de Systèmes Vivants.

Enfin au lieu d’ essayer de définir un système vivant nous chercherons à expliciter le nombre minimal de propriétés que doit présenter un système pour qu’il puisse être qualifié de vivant. Pour cela nous partirons des propriétés de l’ Atome du Vivant : La Cellule. (« Avec la cellule, la biologie a trouvé son atome » François Jacob , La Logique du Vivant, Gallimard 1970 p. 136. -Atome est employé au sens étymologique de Insécable -)

Nous parlerons ensuite des degrés de complexité des systèmes vivants. (Edgar Morin, Introduction à la Pensée complexe.)

A suivre…

J.M.

SUITE :

 

Encore une précision de langage (la dernière !). L’adjectif vivant (système vivant) est employé dans le sens populaire: mon chien est vivant ,opposition à il est mort.

-1- La cellule vue comme un système vivant

La cellule, atome de la biologie, existe dans deux états: 1- La division qui dure au plus quelques heures

2- L’état stationnaire qui dure des mois voire des années pour les neurones.C’est cet état stationnaire que nous prendrons comme système vivant de référence.

Les propriétés qui font que la cellule stationnaire est vivante sont au nombre de quatre.

1- La cellule est un territoire.

Territoire limité par une frontière semi-perméable, siège d’échanges avec l’extérieur.

La composition chimique et les propriétés physiques de l’espace intérieur sont spécifiques et totalement différentes de celles de l’espace extérieur.

Cette asymétrie génère une activité électrique (origine des mesures du type électro-encéphalogramme, électro-cardiogramme etc).

L’espace intérieur contient un système générateur d’énergie à partir de glucose pour le monde animal ou de lumière pour le monde végétal.

Une grande partie de l’énergie produite est utilisée pour maintenir l’asymétrie entre l’espace intérieur et l’extérieur.

2- L’instabilité microscopique.

L’organisation moléculaire microscopique de l’espace intérieur responsable de l’activité cellulaire est très instable.Elle se défait et se refait sans cesse.

Certains éléments sont instables.Ils doivent être dégradés et remplacés à l’identique.

3- La stabilité macroscopique.

Malgré l’instabilité micoscopique, l’aspect global (macroscopique) est stable. La cellule peut être reconnue par les techniques de l’histologie.

4- Le système a une mémoire.

Une mémoire, l’ADN, permet de reproduire certains éléments essentiels fragiles qui ont été altérés lors du processus Destruction-Reconstruction.

Cette mémoire peut s’altérer ponctuellement et provoquer la modification de certains éléments, d’où des changements discrets et irréversibles.

Conclusion.

Pour que le système cellule stationnaire puisse être qualifié de vivant, il faut que les quatre propriétés soient simultanément satisfaites.

Si par un moyen quelconque on en abolit une seule la cellule ne reste pas vivante.Elle « meurt » rapidement .

VIVANT—-VIE

 

-2-Les Systèmes Complexes

 

La très grande majorité des cellules ne restent pas isolées.Elles forment des systèmes organisés plus ou moins complexes. Ce sont des systèmes vivants puisqu’ils sont formés de cellules vivantes.

Demandons nous si les quatre propriétés définies précédemment, qui permettent de décider que la cellule est un système vivant, sont aussi des propriétés des systèmes complexes. Dans ce cas nous n’aurons plus besoin de savoir si ces systèmes sont effectivement constitués de cellules.

Plutôt que de questionner ces systèmes dans le désordre il peut être commode de les ordonner en groupes en fonction de leurs caractéristiques. Nous avons choisi l’ordre croissant de l’importance de l’intervention du cerveau humain dans la définition du système. Le groupe 1 contient les systèmes qui existent chez les animaux et chez l’homme. Dans les groupes suivants -2, 3, 4- l’homme a modifié de plus en plus des systèmes existant chez l’animal. Enfin le groupe 5 comporte des systèmes totalement créés par le cerveau humain. Ils ne sont même plus constitués de cellules.

 

Les Groupes de Systèmes Complexes

 

-1 Organes. Organismes. Groupe familial.

-2 Groupe social. (fourmilière….village)

-3 Groupe territorial. (territoire….pays)

-4 Groupe national. (nation..patrie)

-5 Groupe culturel. (religion..philosophes..)

 

Les quatre propriétés

1- Le système est un territoire. .

Pour tous les systèmes il y a une limite sur le terrain (frontière) ou dans la culture des membres du groupe. La limite est un lieu d’échanges possible. L’intérieur et l’extérieur sont différents. Beaucoup d’énergie est dépensée pour maintenir cette différence.

2- L’instabilité microscopique.

Les éléments constitutifs du système se renouvellent en permanence.

3- La stabilité macroscopique.

Malgré le renouvellement des éléments le systèmes reste globalement le même.

4- Il y a une mémoire.

Il peut y avoir des changements mais la tradition, les lois, maintiennent le système tout en permettant une évolution.

 

Il est remarquable que ces quatre propriétés permettent de dire que les systèmes du groupe 5 sont des systèmes vivants alors que les règles qui les définissent ne sont pas des cellules.

Les sens sont-ils trompeurs ?

Nos sens ne nous trompent pas seulement à l’égard de leurs objets, comme de la lumière, des couleurs, et des autres qualités sensibles, ils nous séduisent même touchant les objets qui ne sont point de leur ressort, en nous empêchant de les considérer avec assez d’attention pour en porter un jugement solide. […] Pour bien concevoir cette vérité, il est absolument nécessaire de savoir que les trois manières dont l’âme aperçoit, savoir par les sens, par l’imagination et par l’esprit, ne la touchent pas toutes également, et que par conséquent elle n’apporte pas une pareille attention à tout ce qu’elle aperçoit par leur moyen ; car elle s’applique beaucoup à ce qui la touche beaucoup, et elle est peu attentive à ce qui la touche peu. Or ce qu’elle aperçoit par les sens la touche et l’applique extrêmement, ce qu’elle connaît par l’imagination la touche beaucoup moins ; mais ce que l’entendement lui représente, je veux dire ce qu’elle aperçoit par elle-même, indépendamment des sens et de l’imagination, ne la réveille presque pas. Personne ne peut douter que la plus petite douleur des sens ne soit plus présente à l’esprit et ne le rendre plus attentif que la méditation d’une chose de beaucoup plus grande conséquence. La raison de ceci est que les sens représentent les objets comme présents, et que l’imagination ne les représente que comme absents […] Les sens appliquent donc extrêmement l’âme à ce qu’ils lui représentent. Or, comme elle est limitée et qu’elle ne peut nettement concevoir beaucoup de choses à la fois, elle ne peut apercevoir nettement ce que l’entendement lui représente dans le même temps. MALEBRANCHE

 

Corrigé

L’étonnement

« Ce fut l’étonnement qui poussa les premiers penseurs aux spéculations philosophiques. Au début, ce furent les difficultés les plus apparentes qui les frappèrent, puis, s’avançant ainsi peu à peu, ils cherchèrent à résoudre des problèmes plus importants, tels les phénomènes de la Lune, ceux du Soleil et des étoiles, enfin la genèse de l’univers. Apercevoir une difficulté et s’étonner, c’est reconnaître sa propre ignorance (et c’est pourquoi aimer les mythes est, en quelque manière se montrer philosophe, car le mythe est composé de merveilleux). Ainsi donc, si ce fut pour échapper à l’ignorance que les premiers philosophes se livrèrent à la philosophie, il est clair qu’ils poursuivaient la science en vue de connaître et non pour une fin utilitaire. Ce qui s’est passé en réalité en fournit la preuve : presque tous les arts qui s’appliquent aux nécessités, et ceux qui s’intéressent au bien-être et à l’agrément de la vie, étaient déjà connus, quand on commença à rechercher une discipline de ce genre. Il est donc évident que nous n’avons en vue, dans la philosophie, aucun intérêt étranger. Mais, de même que nous appelons homme libre celui qui est à lui-même sa fin et n’existe pas pour un autre, ainsi cette science est aussi la seule de toutes les sciences qui soit libre, car seule elle est à elle-même sa propre fin. »

Aristote, Métaphysique A

Éléments de correction pour ce texte.

Idée générale et argumentation.

Aristote s’interroge sur la définition de la philosophie. D’une part il détermine l’origine, d’autre part la finalité de cette discipline qu’il place au rang des sciences et dont la spécificité est d’être libérale. Peut-on définir par le désintérêt une science qui a pour but la recherche de la vérité ? L’enjeu est de comprendre l’unité d’une démarche de pensée au-delà d’un simple événement historique (l’origine n’est pas le commencement de la philosophie)

I. Origine de la philosophie : « Ce fut l’étonnement…genèse de l’univers ». Cette origine est d’abord définie par les objets d’étude ou plus précisément d’étonnement. Sur quoi porte cet étonnement ? Du plus proche au plus lointain objet de cette curiosité.

  • Ce qui nous entoure , c’est la nature, phusis en grec ; c’est cette nature que l’homme cherche à comprendre et à maitriser pour vivre (domaine des besoins). Les premiers penseurs à l’origine de la philosophie sont des physiciens (Thalès par exemple)
  • Des problèmes plus importants tels « les phénomènes de la lune , ceux du Soleil et des étoiles ». L’étude la nature se détache des explications surnaturelles grâce à l’observation et au raisonnement? Cela permet d’étendre l’objet d’étude à des phènomènes de moins en moins visibles, les astres deviennent objet de science physique.
  • L’interrogation, le questionnement va plus loin que ce que l’on voit à l’œil nu ou avec une lunette d’astronomie, lorsque les hommes ont satisfait la sphère des besoins immédiats, ils s’interrogent « enfin sur la genèse de l’univers ». rappelons l’origine du mot métaphysique, non pas encore le sur-naturel mais ce qui vient à coté, après la physique (nature). La question de la genèse est celle du pourquoi, pourquoi y a t-til un monde dans la mesure où les réponses de la mythologie, de la religion, des pensées irrationnelles ne satisfont plus.

2. L’étonnement « Apercevoir une difficulté…aucun intérêt étranger ». Définir l’étonnement permet de comprendre l’origine de la philosophie. Cette origine n’est pas seulement historique mais définit une démarche de tout apprenti philosophe.

  • Face à une difficulté, le philosophe s’interroge. Il n’est pas passif et ne se contente pas d’observer le monde. Pour lui, le monde ne va pas de soi, il pose problème. La condition d’entrer en philosophie est la reconnaissance de son ignorance. Cette modeste attitude montre la nécessité de se débarrasser de préjugés, opinion, en particulier de toute croyance. Celui qui croit savoir, ne philosophe pas (voir l’attitude de Socrate dans l’apologie)
  • L’amour des mythes. Cette parenthèse est difficile à comprendre lorsque l’on connait la rupture historique entre mythe et raison ‘les historiens parlent du « miracle grec ». Mais c’est « en quelque sorte, d’une certaine manière seulement se montrer philosophe que d’aimer les mythes : c’est seulement si l’on se réfère à l’étymologie du mythe : le mot, ce qui effraie, frappe de stupeur, laisse bouche bée. C’est cette attitude que le philosophe adopte qui peut être comparée à l’effroi du mot magique, merveilleux, mystérieux.
  • Aucune fin utilitaire. La philosophie se distingue des autres disciplines en ce qu’elle ne poursuit rien d’autre qu’elle même. comme si elle arrivait après les questions urgentes (les réponses aux besoins en particulier matériels).

3. La philosophie est un loisir « Mais, de même que nous appelons…fin ». La définition de la philosophie la place au rang de science car c’est le dommaine de la connaissance qui est en jeu. C’est la verité quecherche le philosophe en s’enterrogeant sur différents objets à connaitre. Ce désir de savoir n’a cependant d’autre but que lui-même.

  • L’analogie avec l’homme libre permet d’expliquer ce qu’est une activité libérale. C’est l’absence d’intérêt étranger et de lien à tout autre  qui donne le sens à la liberté humaine. L’homme libre est acteur et non passif, il est auteur de sa vie et non marionnette de quelque être suprême ou extérieur? De même la philosophie recèle en elle même sa propre justification d’être ce qu’elle est.
  • La philosophie est amour de la sagesse, c’est -à -dire amour du savoir, elle ne vise pas autre chose que la connaissance (activité contemplative ou intellectuelle qui n’a aucune autre raison qu’elle même. Elle ne sert à rien ! qu’à aimer le savoir.
  • La philosophie suppose du loisir, du temps libre où l’esprit ne soit pas accaparé par des tâches matérielle. Ce n’est pas une occupation pour les esclaves pris par les nécessités de subsister.

Qui est le plus sage ?

En 399 avant J.-C. Socrate est condamné à mort. Son disciple Platon relate les faits de l’accusation dans le dialogue intitulé « apologie de Socrate. » Mais c’est surtout sa défense qu’il entreprend en mettant en scène Socrate le jour de son procès. Ce dernier n’a aucun souci personnel ni désir de gloire, ce qui  l’intéresse n’est pas l’étroitesse de sa personne mais le bien commun. Toute sa vie, il s’est interrogé avec modestie sur les vertus d’un citoyen sans ne jamais prétendre lui-même en posséder aucune. Ainsi, la vertu morale, pas plus que la science n’est une possession ; c’est plutôt une recherche,  une quête comme il l’indique lui-même de manière métaphorique en enquêtant sur ce que l’on nomme SAGESSE (sophia). Contre la prétention des sophistes, des savants ou des hommes politiques, Socrate oppose sa modestie de son ignorance véritable. Ce qui s’oppose aux savoirs faux ou aux faux savoirs (illusions) c’est l’ignorance. Contre toute prétention, Socrate cherche le vrai, le désire : c’est la démarche même de la philosophie.

[21b] Considérez bien, Athéniens, pourquoi je vous dis toutes ces choses, c’est uniquement pour vous faire voir d’où viennent les bruits qu’on a fait courir contre moi.

Quand je sus la réponse de l’oracle, je me dis en moi-même : que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? Car je sais bien qu’il n’y a en moi aucune sagesse, ni petite ni grande; Que veut-il donc dire, en me déclarant le plus sage des hommes ? Car enfin il ne ment point; un dieu ne saurait mentir. Je fus longtemps dans une extrême perplexité sur le sens de l’oracle, jusqu’à ce qu’enfin, après bien des incertitudes, je pris le parti que vous allez entendre pour

[21c] connaître l’intention du dieu. J’allai chez un de nos concitoyens, qui passe pour un des plus sages de la ville; et j’espérais que là, mieux qu’ailleurs, je pourrais confondre l’oracle, et lui dire : Tu as déclaré que je suis le plus sage des hommes, et celui-ci est plus sage que moi. Examinant donc cet homme, dont je n’ai que faire de vous dire le nom, il suffit que c’était un de nos plus grands politiques, et m’entretenant avec lui, je trouvai qu’il passait pour sage aux yeux de tout le monde, surtout aux siens, et qu’il ne l’était point. Après cette découverte, je m’efforçai de lui faire voir qu’il n’était nullement ce qu’il croyait être ; et voilà déjà ce qui me rendit odieux

[21d]  à cet homme et à tous ses amis, qui assistaient à notre conversation. Quand je l’eus quitté, je raisonnai ainsi en moi-même : Je suis plus sage que cet homme. Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux; mais il y a cette différence que lui , il croit savoir, quoiqu’il ne sache rien; et que moi, si je me sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu’en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir

[21e]  ce que je ne sais point. De là, j’allai chez un autre, qui passait encore pour plus sage que le premier; je trouvai la même chose, et je-me fis là de nouveaux ennemis. Cependant je ne me rebutai point; je sentais bien quelles haines j’assemblais sur moi; j’en étais affligé, effrayé même: Malgré cela, je crus que je devais préférer à toutes choses la voix du dieu, et, pour en trouver le véritable sens, aller de porte en porte chez tous ceux

[22a]  qui avaient le plus de réputation; et je vous jure, Athéniens, car il faut vous dire la vérité, que voici le résultat que me laissèrent mes recherches: Ceux qu’on vantait le plus me satisfirent le moins, et ceux dont on n’avait aucune opinion, je les trouvai  beaucoup plus près de la sagesse. Mais il faut achever de vous raconter mes courses et les travaux que j’entrepris. Pour m’assurer de la vérité de l’oracle. Après les politiques, je m’adressai

[22b] aux poètes tant à ceux qui font des tragédies, qu’aux poètes dithyrambiques et autres, ne doutant point que je ne prisse là sur le fait mon ignorance et leur supériorité. Prenant ceux de leurs ouvrages qui me paraissaient travaillés avec le plus de soin, je leur demandai ce qu’ils avaient voulu dire, désirant m’instruire dans leur entretien. J’ai honte, Athéniens, de vous dire la vérité; mais il faut pourtant vous la dire. De tous ceux qui étaient là présents, il n’y en avait presque pas un qui ne fut capable de rendre compte de ces poèmes mieux que ceux qui les avaient faits. Je reconnus donc bientôt que ce n’est pas la raison qui, dirige le poète, mais une sorte d’inspiration naturelle,

[22c] un enthousiasme semblable à celui qui transporte le prophète et le devin, qui disent tous de fort belles choses, mais sans rien comprendre, à ce qu’ils disent. Les poètes me parurent dans Je même cas, et je m’aperçus en même temps qu’à cause de leur talent pour la poésie, ils se croyaient sur tout le reste les plus sages des hommes; ce qu’ils n’étaient en aucune manière. Je les quittai donc, persuadé que j’étais au-dessus d’eux, par le même endroit qui m’avait mis au-dessus des politiques.

[22d]  Des poètes, je passai aux artisans. J’avais la con-science de n’entendre rien aux arts, et j’étais bien persuadé que les artisans possédaient mille secrets admirables, en quoi je ne me trompais point. Ils savaient bien des choses que j’ignorais ; et en cela ils étaient beaucoup plus habiles que moi. Mais, Athéniens, les plus habiles me parurent tomber dans les mêmes défauts que les poètes; il n’y en avait pas un qui, parce qu’il excellait, dans son art, ne crut très-bien savoir les choses les plus importantes, et cette folle présomption

[22e] gâtait leur habileté; de sorte que, me mettant à la place de l’oracle, et me demandant à moi-même lequel j’aimerais mieux ou d’être tel que je suis, sans leur habileté et aussi sans leur ignorance; ou d’avoir leurs avantages avec leurs défauts; je me répondis à moi-même et à l’oracle : J’aime mieux être comme je suis. Ce sont ces recherchés, Athéniens, qui ont excité contre [23a]  moi tant d’inimitiés dangereuses; de là toutes les calomnies répandues sur mon compte, et ma réputation de sage; car tous ceux qui m’entendent croient que je sais toutes les choses sur lesquelles je démasque l’ignorance des autres.

La démonstration

shadok-escalier_castaliefr.1235921493« Par là on voit clairement pourquoi l’arithmétique et la géométrie sont beaucoup plus certaines que les autres sciences : c’est que seules elles traitent d’un objet assez pur et simple pour n’admettre absolument rien que l’expérience ait rendu incertain, et qu’elles consistent tout entières en une suite de conséquences déduites par raisonnement. Elles sont donc les plus faciles et les plus claires de toutes. » Descartes, Règle pour la direction de l’esprit.

Utilisée en mathématique, la démonstration est un procédé de réflexion qui consiste à valider un résultat.

Elle correspond alors à cet exercice scolaire qui consiste à valider des problèmes ou des théorèmes déjà démontrés. Les élèves oublient souvent qu’elle sert avant tout à découvrir de nouvelles vérités !

La notion et la valeur de cette dernière est historique . Même si son fondement reste ancré au V° siècle avant Jésus-Christ, la conception de la  démonstration a été remaniée  par les mathématiciens eux-mêmes au XIX°.

Reste à se demander si la démonstration est le mode de connaissance privilégié de l’esprit rationnel.

Discours discursif et déduction

Pour le sens commun, il semble utile de démontrer ses affirmations pour donner une valeur de certitude à ce que l’on dit ou pense. la démonstration,en ce sens assez larges’oppose à l’intuition,  c’est-à-dire la connaissance immédiate de la vérité. Par exemple, lorsque nous constatons que nous sommes assis en train d’écrire sur notre table, nous en avons une intuition et ne demandons aucune démonstration. Mais quand un enoncé, par exemple mathématique, est isolé et ne peut être qualifié immédiatement de vrai, il faut l’associer à d’autres, càd utiliser ce que Descartes nomme « les longues chaînes de raison[…] dont les géomètres ont coutume de se servir ». Précisons ces longues chaînes :

– Le procédé doit être rationnel et objectif, il ne s’agit pas d’associations libres d’idées au grè de notre imagination.

– Les élèments de la démonstration ne sont pas empiriques (fondés sur l’expérience) comme par exemple dans le syllogisme d’Aristote qui permet par induction de reconnaitre des raisonnements formellement vrais. « Le syllogisme est un discours dans lequel, certaines choses étant posées, quelque chose d’autre que ces données en résulte nécessairement par le seul fait de ces données. Par le seul fait de ces données : je veux dire que c’est par elles que la conséquence est obtenue ; à son tour, l’expression c’est par elles que la conséquence est obtenue signifie qu’aucun terme étranger n’est en plus requis pour produire la conséquence nécessaire. » Aristote, Organon (Premiers Analytiques).

Ce qu’il faut démontrer

La démonstation porte necessairement sur « quelque chose », une affirmation,une proposition. Cette proposition doit :

– attribuer une propriété à un sujet

– ou poser un rapport quantitatif ou géométrique entre différents élèments;

Par exemple l’existence n’est pas un attribut car elle ne peut se saisir que par une intuition empirique. L’existence de ne donne pas a priori, c’est la raison pour laquelle « Dieu existe » ou « est un être existant » est, comme le montre Kant, indémontrable.

Les éléments de la proposition doivent avoir une valeur universelle (par exemple démontrer non pas les propriétés de tel ou tel triangle tracé au tableau mais de tous les triangles)

Ainsi dans les Eléments, Euclide définit des propositions démontrées :

a) les théorèmes : propositions établissant des rapports entre leurs élèments.

b) les problèmes : résultat ou construction de figures en trouvant des rapports puis en les vérifiant.

UNE PROPOSITION DOIT SE DÉMONTRER À L’AIDE DE SES ANTÉCÉDENTS.

Il existe alors des propositions non démontrables (sinon il faudrait regresser jusqu’à l’infini)

Il existe un mode de connaissance des principes » intuitif » ou de type « inductif », ce qui ne va pas sans poser de problème quant à cet autre mode de connaissance que la démonstration

Le processus de démonstration repose sur des principes indémontrables : définitions (point,ligne, surface, angle, cercle…), postulats (possibilité de construire ligne, segment de droite, cercle…), axiomes (ont une portée plus générale que les postulats de géométrie seule ou d’arithmétique seule) [Euclide, Eléments, livre 1]

Les postulats, axiomes et définitions sont bien des principes premiers, mais ils apparaissent aussi comme des propositions nécessaires pour passer d’une proposition à une autre : la métaphore de la chaîne de Descartes tout comme le syllogisme d’Aristote ne sont qu’une simplification.

Valeur de la démonstration

La théorie aristotélicienne du syllogisme est l’acte de naissance de la discipline nommée logique. Elle ouvre la possibilité d’une formalisation totale des processus de la pensée : « Je tiens que l’invention de la forme des syllogismes est une des plus belles et des plus considérables de l’esprit humain, et même des plus considérables. C’est une espèce de mathématique universelle dont l’importance n’est pas assez connue ; et l’on peut dire qu’un art d’infaillibilité y est contenu, pourvu qu’on sache et qu’on puisse s’en servir, ce qui n’est pas toujours permis. » Leibniz, Nouveaux essais sur l’entendement humain.

Mais  cette théorie est remise en question au XX° siècle en particulier par Frege et Russell. Ceux-ci pensent que pour parfaire la logique, il est absolument nécessaire que celle-ci use d’un ensemble de signes qui lui soit propre, qui soit distinct des langues naturelles et donc protégé de toutes les équivoques que présentent celles-ci. Ainsi peut être assurée la rigueur des démonstrations ou chaînes de déductions permises par le système formel en tant que système axiomatique. L’intuition, qui grevait les mathématiques, n’a alors plus aucune place dans la démonstration.